Google Chrome Experiments – Navigateurs et communautés

Nous sommes en 2010. Certains parlent de quitter Facebook, d’autres de l’anonymat des blogueurs mais tous se retrouvent chaque jour sur la grande place du World Wide Web.

Techniquement pour accéder au Web, outre le matériel physique nécessaire qui n’a de cesse de se multiplier (une petite pensée pour l’arrivée de l’Ipad en France ce vendredi même), il faut avant tout un navigateur.

Un point sur les navigateurs

La répartition des parts de marché se fait de façon très inégale entre les 5 plus gros navigateurs. Le leader Firefox obtient près de 50% de PDM et se partage plus de 80% de la PDM totale avec son challenger IE (Internet Explorer).


Safari (Apple), Internet Explorer (Microsoft), Chrome (Google), Opéra (Opéra Software) et Firefox (Mozilla foundation). (NB: La liste de tous les navigateurs est disponible ici)

 

Apparition des navigateurs – rappel historique : Le www a vu se dérouler sous ses yeux de vrais « guerres des navigateurs ». La première, à la fin des années 90 opposa le navigateur historique depuis disparu Netscape Navigator à Internet Explorer. IE sort gagnant de cette première bataille et, n’ayant plus aucun concurrent de taille, se permet de ne faire aucune innovation majeure entre 2001 (Version 6) et 2007 (Version 7). En 2004, Firefox, le navigateur Open Source est lancé par Mozilla et il atteint les 400 millions de téléchargement en 2007. En 2006, Microsoft agace les développeurs web par la non mise à jour de sa version 6 d’IE, de nouveaux navigateurs font leur apparition dans les stats des sites web, c’est notamment le cas de Safari et Opera. En 2008, Google présente Chrome qui aurai atteint selon AT Internet Institute une part de marché de 2% le jour de sa sortie.

Les deux principaux arguments de comparaison entre les différents navigateurs sont aujourd’hui la vitesse d’exécution et la sécurité.

Si nous regardons de plus près la promesse de chacun d’entre eux, nous assistons à une réelle gymnastique sémantique qui répond au besoin de dire la même chose que le voisin mais de façon différente et surtout de le faire mieux ! Il est intéressant de remarquer qu’au final aucun d’entre eux ne semble se démarquer réellement (même si Safari, fidèle au positionnement Apple propose « un nouvel angle », comme une façon de « penser différemment »).

Internet Explorer : « Plus sûr, plus rapide, plus simple que jamais. »

Firefox : « A la découverte du meilleur navigateur au monde. Sécurisé, fiable, rapide et bien plus encore (…) »

Chrome : « Un navigateur rapide, conçu pour tous. Google Chrome ouvre les pages Web et les applications à une vitesse fulgurante. »

Safari : « Voyez le web sous un nouvel angle. Voici Safari 4. (…)  navigateur web le plus rapide au monde. »

Opéra : « Faster and Safer. Le navigateur le plus rapide au monde.  Naviguez sur le Web à la vitesse de l’éclair à l’aide du navigateur le plus rapide jamais conçu. »

Pour lire ces lignes, vous vous trouvez sur un navigateur. Vous avez donc peut être fait un choix: le choix de n’utiliser que celui (ou ceux) qui vous semblai(en)t le(s) plus en adéquation avec vos besoins ou alors celui de se laisser encore le choix car il n’est pas évident d’envisager tous les aspects d’un navigateur sans une utilisation régulière. Finalement cet article n’a pas pour but de vous encourager dans tel ou tel choix (vous retrouverez ici un banc d’essai des navigateurs) mais d’évoquer les stratégies sociales qui sont mises en place pour fidéliser une communauté autour d’un navigateur. En effet, nous pouvons parler de communauté qui rassemble ses ambassadeurs de la première heures et son lot de trolleurs lorsque nous parlons de navigateurs web.

Le cas Chrome – Gestion de communauté

Le 3 mai, Google lance une vidéo démontrant la rapidité de google Chrome.

httpv://www.youtube.com/watch?v=nCgQDjiotG0

Trois semaines plus tard, la vidéo compte plus de 2 millions de vues. La viralité de cette vidéo a conféré à Chrome une bonne visibilité. Ce qui est remarquable ici, et qui pourtant ne semble choquer personne, c’est que finalement toute communication web d’un navigateur se retrouve inévitablement au sein même de son concurrent. On ne penserait pas à un Pepsi se laisser envahir de bannières Coca sur son propre site mais de partager une vidéo promotionnelle pour Chrome grâce à un module Firefox, cela parait évident.

Mobiliser sa communauté.  Chrome applique la leçon à la lettre en lançant son site Chrome Experiment. Une plateforme de partage d’expériences de ce qu’il est possible de faire avec JavaScript et un navigateur. Bien évidement le site et toutes les expériences sont accessibles depuis n’importe quel navigateur mais le message est clairement de dire que sur chrome, l’expérience en serait d’autant plus sublimée. Designers et programmateurs du monde entier sont invités à partager leur propre « expérience ». Le travail proposé doit rendre le Web plus rapide, plus fun et plus ouvert. Et à Chrome de conclure « dans le même esprit dans lequel (est) construit Google Chrome. »

Sur ce site, plus de 90 pages d’expériences web à voir et à vivre. Un système de votes est mis en place pour mettre en avant la meilleure expérience. Là où le bât blesse et où nous sommes en mesure d’entrevoir une dimension stratégico-politique, c’est en regardant de plus près la fonction partage :  chacune des expériences est repartageable par le biais d’une vidéo hébergée sur Youtube (qui depuis 2006 appartient à Google) cependant il n’y a aucune trace sur le site d’une quelconque possibilité de partage avec une communauté via Facebook ou Twitter…

Google privilégie donc sa propre plateforme sociale. Quant est-il d’un navigateur qui n’est pas dissociable d’un tel parti pris? Lorsqu’on connait le manque à gagner, en terme de viralité,  de faire le choix de ne pas intégrer Facebook, cette question semble légitime…

Breaking news :

Le 27 mai Opera, bien décidé à ne pas rester silencieux,  lance à son tour une vidéo de réponse au « Speed test » de google :

httpv://www.youtube.com/watch?v=zaT7thTxyq8&feature=player_embedded

Maud

J'ai peur de la trentaine, j'aime bien le Ricard, parfois je parle foot mais je ne joue pas à Candy Crush !! En journée Directrice de clientèle chez @onprenduncafe